lundi 13 février 2012

Black Fashion Faux-Pas


« On avait dit une blague par jour ou bien ? » titre du mail que je reçois d’une amie. J’ouvre, je clique et là c’est le drame : l’article « Black Fashion Power » de ELLE.

Il y a quelques semaines, le magazine français ELLE créée la polémique en publiant sur son blog un article intitulé : Black Fashion Power. En essayant de valoriser les nouvelles icônes de mode noires (Solange Knowles, Nicky Minaj, Janelle Monae…) l’auteure, Nathalie Dolivo, signe un article de mauvaise qualité, faux, confus, réducteur ; en plus d’être raciste. Ça fait beaucoup pou un seul article, donc branle bas de combat direct !

Bien sûr dès que les premières réactions arrivent sur la toile, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, je suis aux premiers rangs des palabreuses : je poste un premier commentaire sur le site en ligne. Mais la polémique enfle alors que la rédaction tarde à réagir officiellement. Cela dit, en parfaite catimini, une petite main (sûrement celle de la rédactrice en chef) réécris l’article et le reposte sur le blog.

Ce n’est qu’après les réactions de Sonia Rolland, d’Inna Modja, d’Ayden Star, ou de Rokhaya Diallo, accompagnées de la cinglante lettre ouverte du webzine Afrosomething, et plus de 1000 commentaires, (ah, ce qu’ELLE à chercher, ELLE a trouvé, voilà affaire) que la rédactrice en chef du magazine, Valérie Toriano, fait une annonce via la page Facebook de ELLE.

Erreur de gaou ! Non seulement, le magazine ne s’excuse ni pour la mauvaise qualité de l’article, ni même pour le choix de néologismes racoleurs tels que « black-geoise ». Au passage, une « black-geoise » est une femme noire qui a intégrer « le code blanc » en matière de mode et qu’il l’agrémente de pièces originales qui « rappellent les racines » tels que, et je vous le donne en mille : des « turban en boubou » des boucles d’oreilles en « coquillage » ou une « créole de rappeur ».
Passons.

Mais la rédaction opte pour une stratégie bien trop usée : « qui raciste nous ? Non jamais, c’est un mal entendu. Et puis c’était pour vous faire plaisir, pour vous mettre en valeur, désolé que vous ayez mal compris. »

Devant ce trop-plein d’amour témoigné par ELLE, une question me taraude alors : c’est foutaise devant moquerie, ou moquerie devant foutaise ? Un peu des deux, il me semble.

Ce qui apparaît de manière plus qu’évidente ici, c’est que le magazine ELLE ne se rend pas compte du contenu raciste de cet article. Ce qui est non seulement typique de notre époque, mais aussi assez symptomatique de l’attitude française en la matière : le racisme a disparu et il n’existe que dans les fantasmes d’une communauté imbue de victimisation…ou dans la bouche de Marine Le Pen. Un peu naïf.

L’article de ELLE est raciste parce qu’au-delà des termes, c’est l’intention qui est mauvaise : expliquer un comportement par la race, et non par la culture.
Contenir et restreindre une population à son appartenance ethno-géographique, et ne la percevoir que par les stéréotypes qui sont lui sont attribués. Ce processus de pensée est aussi raciste que le bon vieux « sale noir ».

La mode est un élément culturel et les icônes de mode sont toujours ancrées dans leur socle culturel. Avec une présence de plusieurs siècles en Occident, c’est plus que normal de trouver des noirs (africains et descendants d’africains)  dans tous les secteurs de la vie culturelle, même ceux exclusifs du divertissement et de la mode. Ce n’est pas un phénomène en soi que parmi les femmes qui sont à la pointe de la mode, on y retrouve aussi des femmes noires. Et surtout, ce n’est pas nouveau.

Ensuite, l’image caricaturale de cette population, prise entre le divertissement et la lutte sociale se manifeste bien à travers les références culturelles que ELLE choisies del’histoire de la mode des noirs aux États-Unis: Le Cotton’s Club et les pattes d’eph d’Angela Davis ; en oubliant, comme par hasard, Grâce Jones ou Diana Ross.

On retrouve ici le fantasme des français sur les noir-américains, qui depuis Saint-Germain –Des-Prés et ses jazzmen, n’arrivent toujours pas à penser que ceux-ci peuvent faire de l’art pour autre chose que la lutte. D’où le titre de l’article : « Black Fashion Power ».

Pour nous parler des icones noires de mode du moment, il y avait d’autres pistes.

ELLE aurait pu nous parler de l’histoire d’amour entre la mode et la culture « populaire ». Avec la façon dont depuis Versace, les grands couturiers Européens draguent les stars de la musique et du cinéma pour avoir accès à leur public (cf. Karl Lagerfeld et Lily Allen, Lindsay Lohan chez Louis Vuitton, Rihanna chez Armani…) Alors que Largarfeld soit fasciné par les costards de Janelle Monae, ou que Gaultier adore Nicky Minaj, ce n’est ni nouveau, ni « un retour à la dignité ».

ELLE aurait aussi pu nous parler des ces jeunes femmes riches, belles et sans vraiment de carrière, que l’on appelle it-girls, qui pullulent aux premiers rangs des défilés et qui séduisent aussi les couturiers parce qu’elles représentent une version plus fun de la jeunesse dorée de Paris à New York (Pixie Gedolf, Alexa Chung, Solange Knowles ou encore les sœurs Simmons).

ELLE aurait pu nous parler de la réappropriation des codes vestimentaires traditionnels africains par les jeunes générations qui est du à la démocratisation de la mode, mais aussi à la vitalité de la mode africaine dont certains créateurs se trouvent aux États-Unis et habillent des personnalités en vue (Boxing Kitten pour Solange Knowles ou Doru Olowu pour Michelle Obama).

C’est parce que le magazine à choisi de décrypter cette ‘curiosité’ que sont les femmes noires à la mode qu’il est tombe dans le racisme. Ces femmes sont à la mode parce qu’elles sont-elles-mêmes : différentes et intéressantes, créatives et non pas seulement parce qu’elles sont noires. Et passer de la pommade avec le nom d’Obama ne suffit pas. 


Il fallait allez plus loin, et rendons à César ce qui est à César, le magazine ELLE s’y atèle. En discutant avec plusieurs intellectuels et personnalités françaises d’origines africaines ou antillaises, l’équipe est en train d’essayer de décrypter ce qu’elle croit être « l’impensé racial» qui est présent dans la société française et aussi à la rédaction d’ELLE.




Bonne chance.

M.A.N

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